Visite exceptionnelle du 17e Gyalwa Karmapa à Dhagpo Kagyu Ling

 

Du 13 au 16 juin 2013, Sa Sainteté Gyalwa Karmapa inaugure l’Institut de Dhagpo Kagyu Ling et transmet l’initiation extensive de Gyalwa Gyamtso

 

Lors de son unique déplacement en Europe cette année, Sa Sainteté Gyalwa Karmapa conduira les cérémonies d’inauguration de l’Institut de Dhagpo Kagyu Ling du 13 au 16 juin 2013. De nombreux grands maîtres de la lignée Karma Kagyu et plusieurs milliers de personnes viendront du monde entier pour célébrer cet évènement exceptionnel.

Au programme de ces quatre journées : initiation, enseignements, conférences, qi-gong, concerts, et bien plus encore.

 

Inauguration de l'institut de DKL

Maîtres et érudits Karma Kagyu se rassemblent à Dhagpo Kagyu Ling

Sa Sainteté Gyalwa Karmapa Trinley Thayé Dorjé, Son Eminence Kunzig Shamar Rinpoché, Lama Jigmé Rinpoché, Lama Sherab Gyaltsen Rinpoché, Khenpo Chödrak Rinpoché, Thinley Rinpoché, Lama Teunsang, Lama Trehor… Ils seront tous présents à cette célébration.

 

Les 15 et 16 juin, Sa Sainteté transmet l’initiation extensive de Gyalwa Gyamtso

Gyalwa Gyatso - Tchenrezi rouge
Gyalwa Gyamtso (« L’Océan des bouddhas » en tibétain) est une des méditations principales de la lignée Kagyu et a pour objet la compassion universelle. Rarement donnée en Occident, l’initiation extensive se déroule en deux temps : la journée du samedi est consacrée à la préparation et celle du dimanche à la transmission elle-même. Il est nécessaire de participer aux deux jours pour recevoir la transmission complète. En assistant à une seule journée, les participants reçoivent néanmoins une bénédiction.
“Le but d’une initiation est simplement de parvenir à une meilleure compréhension et à la paix de l’esprit.”
Le 17e Karmapa Trinley Thayé Dorjé

Selon le Bouddha, chaque être a en lui un potentiel de sagesse voilé par les émotions, les habitudes mentales et la confusion. L’initiation est une façon d’activer le potentiel naturel de lucidité et de bienveillance de l’esprit. Elle autorise la pratique de méditations profondes qui permettent d’avancer rapidement vers l’éveil. Toutefois, pour pouvoir accomplir la pratique, il est nécessaire de recevoir également les instructions de pratique et la lecture rituelle du texte.

 

Institut de Dhagpo Kagyu Ling
L’Institut : la rencontre du bouddhisme et des sciences modernes

D’une architecture unique, l’Institut a pour vocation de favoriser les recherches associant les connaissances bouddhiques et le savoir scientifique. Il accueille la bibliothèque Dhagpo Kagyu, qui abrite un des fonds documentaires en tibétologie les plus importants d’Europe. Les chercheurs peuvent y étudier les vues bouddhiques sur la réalité de l’esprit, du corps et du monde. Au-delà des clivages sociaux et culturels, le savoir et les méthodes bouddhiques sont utiles à la société dans de multiples domaines : éducation, médecine, psychologie, etc.

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Pour plus de détails sur le programme de l’inauguration et pour vous inscrire, rendez vous sur le site web de Dhagpo.

Pour recevoir les actualités de l’évènement, vous pouvez vous abonner à la page Facebook de l’inauguration.

(Copyright : dkl, lepage, desserrieres)

Karmapa à “Sagesses Bouddhistes”

Visite du Gyalwa Karmapa Trinley Thayé Dorjé en Dordogne

Présentation Sandrine Colombo / Réalisation Claude Darmon

Reportage de Nina Barbier – effectué en août 2012.

Sagesses Bouddhistes vous conduit en Dordogne, à St-Léon-Sur-Vézère, à la rencontre du du Gyalwa Karmapa Trinley Thayé Dorjé, de lignée kagyupa du bouddhisme tibétain, dans son centre européen de Dhagpo Kagyu Ling.

Pour revoir la dernière émission Sagesses Bouddhistes :
www.pluzz.fr
puis, dans la barre replay, cliquer sur “Autre”

Livres présentés lors de cette émission :

Le Bouddha à la Rencontre de Socrate
Editions : Dzambala Editions
ISBN : 2 906940 35 6
Ce professeur de philosophie raconte ses échanges intellectuels avec le Karmapa Trinley Thayé Dorjé sur les grandes questions de l’existence, sous la forme d’une promenade philosophique et offrent ainsi une rare rencontre entre l’Orient et l’Occident.

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Immolations au Tibet, la position du Karmapa

  
Article issu de l’Hindustan Times du 13 décembre 2012
Par Lalita Panicker

  
Je souhaite fortement que les immolations s’arrêtent vite
  

Les immolations pour la cause du Tibet ont couté la vie à 28 personnes au cours du seul mois de novembre. Le nombre total de morts depuis que ce mode de protestation est apparu s’élève à 90. Cependant, tous les directeurs spirituels tibétains ne sont pas d’accord avec cette méthode. Au cours d’une interview exclusive publiée au niveau national pour l’Hindustan Times, Sa Sainteté le 17e Karmapa, Trinley Thayé Dorjé, à la tête de la lignée karma kagyü du bouddhisme tibétain, a dit que le nombre croissant d’immolations lui causait une grande inquiétude.

« Il ne s’agit en aucun cas d’une pratique bouddhique. Je souhaite fortement que cela cesse vite. La pratique du Dharma bouddhique est notre meilleur héritage, pour nous les Tibétains. Elle nous enjoint de préserver l’existence humaine : c’est, en effet, grâce à elle que nous sommes capables d’atteindre la libération. »

Il dit que le Bouddha lui-même a déclaré que nous devons prendre soin de ce corps et avoir une conscience claire. Une immolation ne fait pas seulement souffrir une personne, mais elle crée également de la confusion dans l’esprit des autres. « L’existence humaine est comme un temple. Nous devons chercher des méthodes non violentes… Nous devons calmer notre esprit ; l’esprit s’échauffe lorsqu’émergent des émotions négatives et cela conduit à des actions violentes. »

Karmapa explique qu’il a très peu de connaissance et d’intérêt en matière de politique, qu’il s’agisse de la politique indienne ou chinoise, et il pense que la véritable dévotion aux pratiques bouddhiques, qui implique compassion et sagesse, montrera à tout le monde un chemin dépassant les dilemmes.

Lorsque nous lui demandons s’il ne regrette pas que le Dalaï-lama ne le reconnaisse pas comme la réincarnation du lama karmapa — il soutient Orgyen Trinley Dorjé qui vit à Dharamsala —, Trinley Thayé Dorjé répond qu’il a un immense respect pour l’érudition du Dalaï-lama en matière de bouddhisme.

Quand nous lui demandons s’il y a un conflit d’intérêts entre lui-même et l’autre karmapa, il répond qu’il y a eu des différends, mais qu’aujourd’hui son inquiétude principale est la pratique des immolations et que c’est ce qui lui cause le plus de souci.

  
Voici ci-dessous son interview.
  

Jusqu’à présent, il y a eu 90 immolations de Tibétains en signe de protestation et en faveur de la libération du Tibet de la domination chinoise. Au cours du seul mois de novembre, il y a eu 28 morts. Quelle est votre position à ce sujet ?
En tant que Tibétain, né au Tibet, cette escalade d’immolations est une cause de grande inquiétude pour moi. Nous, les Tibétains, sommes connus pour notre spiritualité, pour notre pratique de la compassion et de la sagesse, pour notre pratique du Dharma bouddhique. C’est notre plus grand héritage. Je suis choqué que des Tibétains accomplissent de tels actes. Je pense fortement que cela doit s’arrêter, il ne s’agit en aucun cas d’une pratique bouddhique.

Pourquoi, selon vous, de plus en plus de personnes ont-elles recours à cette méthode de protestation ?
Je dirais que nous avons recours à ces moyens drastiques lorsque notre esprit est échauffé par les émotions. Nous perdons alors le contact avec notre héritage spirituel. Nous avons besoin de calmer l’esprit, afin de pouvoir contrer ces situations.

Quelle forme de protestation conseilleriez-vous ?
De nouveau, je parle d’un point de vue spirituel. Nous avons besoin de revenir à nos pratiques spirituelles. Lorsque nous nous sentons confus et troublés, nous devons essayer de traiter la situation avec nos valeurs spirituelles afin de trouver des moyens qui ont du sens.

Comment pouvez-vous attirer l’attention sur une cause de cette façon ?
Lorsque l’esprit est clair, lorsque les outils que nous utilisons sont transparents, nous pouvons accomplir ce que nous souhaitons. Nous devons revenir à notre mode de vie tibétain pour apporter clarté et bonheur. Si nous parvenons à le faire, nous pourrons accomplir ce que nous voudrons.

Cela vous ennuie-t-il que le Dalaï-lama ne vous reconnaisse pas comme une incarnation authentique ?
En tant que Tibétain, né au Tibet, j’ai le plus grand respect pour le Dalaï-lama. C’est un grand érudit en philosophie bouddhique et un grand érudit de manière générale.

Pourquoi êtes-vous si véhément au sujet des immolations et de leur aspect négatif ?
Dans le Dharma bouddhique, on nous enseigne de préserver l’existence humaine. Grâce à cette existence, nous pouvons accomplir des choses merveilleuses, nous pouvons atteindre la libération. Le Bouddha lui-même a dit que nous devons prendre soin de ce corps et maintenir une conscience claire. Une immolation ne fait pas seulement souffrir une personne, mais elle crée également de la confusion dans l’esprit des autres. Nous devons nous rappeler d’où nous venons. Nous devons nous rappeler notre philosophie. La non-violence ne peut émerger de mesures aussi drastiques. L’existence humaine est comme un temple et aussi longtemps que nous vivons une existence humaine, nous devons développer ce corps physique.

Le Premier Ministre tibétain en exil, sans prendre la responsabilité des immolations, a dit qu’il s’agissait du devoir sacré de chaque Tibétain de soutenir les immolations pour la cause du Tibet. Que pensez-vous de cette prise de position ?
Je suis sûr qu’il a de bonnes intentions, mais ma vie est vouée à la spiritualité. Les Tibétains sont connus pour leur spiritualité et leur compassion, aussi mondaine et limitée soit-elle. Grâce à notre pratique du bouddhisme, nous sommes allés loin dans la compréhension et la paix. En ce moment, les immolations recueillent une approbation quasi générale. Ma voix est peut-être la seule qui s’élève contre cela, mais en tant que Tibétain, il est de mon devoir de vous livrer mes pensées et mon point de vue sur le sujet.

Vous êtes en Inde depuis longtemps, quelle est votre expérience ?
J’ai reçu ici une merveilleuse hospitalité. J’ai la liberté de pratiquer ma spiritualité, ce qui représente pour moi la plus grande des libertés.

Pensez-vous que le nouveau régime en Chine améliorera les choses au Tibet ?
J’ai très peu de connaissance et d’intérêt pour la politique. Je suis un pratiquant spirituel.

Les gens vous traitent comme un dieu vivant, comment vivez-vous cela ?
La vie est impermanente, on peut faire l’expérience de différents modes de vie. J’essaie de suivre ma pratique du mieux que je peux, mais c’est en effet un grand défi. Lorsque l’esprit s’échauffe, la meilleure des choses est de revenir à sa pratique spirituelle.

Y a-t-il un conflit d’intérêts entre vous et l’autre karmapa ?
Il y a eu des différends, mais pour le moment mon inquiétude principale concerne les immolations. Je ne peux imaginer aucune vie en dehors de la spiritualité.

Vous n’aviez qu’un an et demi lorsque vous avez déclaré être le karmapa. Avez-vous des souvenirs de cela ?
J’ai des souvenirs, oui. Cela fait partie de notre spiritualité. Nous avons des souvenirs de nos renaissances, de nos réincarnations. Grâce à la méditation, nous pouvons nous rappeler nos vies passées. Malheureusement, nous sommes parfois trop occupés pour méditer et nous souvenir de nos vies antérieures !

N’avez-vous jamais eu de doutes au sujet de votre mission, de vous-même ?
Oui, il y a des doutes, de l’anxiété, des peurs, cela fait partie de ce monde. Il n’est pas possible de se fier aux doutes ; si nous le faisons, nous pouvons être amenés à prendre des décisions drastiques. Il est important de rester concentré autant que possible sur le côté positif, afin de s’équilibrer.

Selon vous, le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ?
Il y a de nombreux angles d’approche. Il y a un aspect rituel dans le bouddhisme, mais c’est aussi une façon de vivre. Nous devons parvenir à la compréhension du sens de la vie et du bien que nous pouvons apporter. Nous devons simplifier les choses et nous concentrer sur ce qui est important. Nous devons connaître nos priorités, nous devons aider les autres et maintenir notre esprit et notre corps loin des actions et des émotions perturbatrices.

Vous avez parlé des trois poisons : l’avidité, l’ignorance et la colère. Comment les dépasser ?
Au moyen de la spiritualité. Au moyen de la méditation. C’est ainsi qu’on voit les choses plus clairement. Comme une eau calme, sans ondulations ni bulles. Nous devons être calmes, analyser les choses et comprendre l’éthique, afin de l’appliquer dans des situations comme les immolations.

Est-ce que la croyance en la réincarnation réduit la peur de la mort ?
C’est une solution temporaire. Il faut atteindre un état de conscience où nous ne connaissons plus aucune peur, nous ne devons pas avoir peur, qu’il y ait ou non des renaissance. Si croire en la réincarnation aide à réduire la peur, c’est bien ; cependant, nous devons être sûrs que nous atteindrons un état sans aucune peur.

Quel est votre message aujourd’hui pour les Chinois, les Indiens et les Tibétains ?
Nous devons nourrir des pensées bienveillantes et entreprendre des actions positives. Il est important de continuer sur le chemin de la vertu.

Pensez-vous que le Tibet sera libre un jour ?
Cela dépend de l’application de notre héritage spirituel, nous devons adopter des moyens bienveillants, pas des mesures drastiques.

Que faites-vous pendant votre temps libre ?
Je n’ai pas beaucoup de temps libre, mais j’essaie de me tenir au courant des divertissements et de l’actualité, afin de mieux me relier à mes étudiants pratiquants spirituels.

Les 19 et 20 janvier 2013, Sa Sainteté le 17ème Gyalwa Karmapa a célébré une puja pour les Naga et transmis les initiations de Tara verte et de Tara blanche

 

Le 19 juin au matin Sa Sainteté a rejoint les moines pour une puja du vase des naga au Centre de convention et d’exposition de Hong Kong.

En prélude à la récitation du texte rituel, il a donné une brève explication du sens et des bienfaits de cette puja particulière :

 

Enseignement Puja des Naga

 

“Le mot « puja »  appartient à la langue sanscrite et signifie fondamentalement une accumulation de joie. Dans ce contexte spécifique la joie que nous accumulons est en lien avec l’accumulation de richesses. Dans ce monde matériel où nous vivons la richesse est tout aussi importante. Pourquoi ? Parce que lorsqu’existent la bonté, la générosité, les intentions positives, afin de transmettre ces intentions positives, la richesse matérielle et les ressources matérielles deviennent des outils de grande valeur.

C’est pourquoi aujourd’hui nous sommes réunis ici dans cette session matinale afin d’accumuler de la richesse, pour, en réalité, apporter de l’harmonie à ceux qui détiennent des richesses ou à ceux qui les procurent. Pour être très clair, lorsque nous faisons cette pratique, ce n’est pas avec la pensée que si nous  accumulons beaucoup de vases des naga, alors soudainement l’or et l’argent vont pleuvoir sur nous. Ce qui se passe, c’est que les naga possèdent de par leur karma les ressources, les ressources naturelles. Juste comme nous les êtres humains possédons nos propres ressources, et comme les animaux ont les leurs, de même les naga ont leurs propres ressources. Ainsi à  travers cette puja, la pratique ou la méditation, nous établissons réellement des connections harmonieuses avec eux.Fish release 2

Ainsi nous ne disons pas « donnez, donnez, donnez » – simplement nous établissons une qualité de bienveillance.

Il en résultera qu’ils préserveront en l’état les ressources naturelles et les développeront. Lorsque ceux qui produisent ou conservent les richesses sont en paix, ils peuvent développer des ressources naturelles. En conséquence, nous en tant qu’être humains qui partageons le même monde, nous en bénéficions. Il y aura moins de sècheresse, moins de désastres naturels, et l’agriculture qui est essentielle pour notre survie, produira des récoltes à haut rendement.

Alors tout sera naturel. De ce point de vue, cela est très harmonieux, très compréhensible ; il n’y a rien de mystérieux à ce propos. La méditation que nous faisons a un sens, ce n’est pas quelque chose d’exotique.”

 

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Les 19 et 20 janvier en soirée, Sa Sainteté le 17ème Gyalwa Karmapa a transmis les initiations de Tara verte et de Tara blanche à un groupe de quelque 2 500 personnes.

A ces deux occasions des centaines de participants ont pris refuge pour la première fois dans le Bouddha, le dharma (les enseignements du bouddha) et la sangha (la communauté des pratiquants réalisés), et Sa Sainteté a donné des explications profondes et détaillées sur le but et les bienfaits du refuge dans ce qu’on appelle les « Trois Joyaux ».

Dans son discours d’ouverture sur la signification des initiations en général et plus particulièrement sur celles de Tara verte et de Tara blanche, il a expliqué que le bienfait absolu était toujours le même : accomplir la libération complète, et comprendre dans son essence la nature de l’esprit. Cela conduit inévitablement à s’interroger sur la raison d’être d’un si grand nombre de pratiques différentes, de yidam et d’initiations. Une seule ne suffirait-elle pas puisqu’elles servent un but unique ?

Lorsque la question lui a été posée, Sa Sainteté a cité l’exemple de plusieurs personnes qui souhaitent se rendre en voyage au même endroit. Même si la destination finale est la même pour toutes, elles peuvent préférer des manières de voyager très différentes les unes des autres : certaines peuvent choisir de marcher, d’autres d’aller en voiture, en moto ou par avion. Bien sûr le but final qu’elles partagent toutes est d’atteindre cette destination, mais les façons d’y aller sont nombreuses, chacune ayant ses propres avantages et bienfaits. “De la même façon, la diversité des yidam (aspects de sagesse) et des pratiques conduisent toutes à la même destination, mais le chemin que nous prenons pour y parvenir est différent. Lorsque nous pratiquons un certain yidam, alors, de façon temporaire, certains bienfaits et avantages se produisent qui lui sont reliés.”

Puis Sa Sainteté a expliqué que les bienfaits temporaires spécifiques en lien avec les pratiques de Tara verte et de Tara blanche étaient respectivement de dissiper, ou de délier le pratiquant des huit sortes d’obstacles (le mot sanskrit « Tara » est en connotation avec « enlever les liens ») et d’acquérir la longévité.

Karmapa à Hong Kong, du 15 au 28 janvier

 

Voici deux vidéos du KARMAPA DOCUMENTARY PROJECT.

Une qui concerne l’arrivée de Sa Sainteté Karmapa à Hong Kong :

 

 

 

Et une qui relate une conférence de presse au Grand Hyatt Hotel in Hong Kong, le 15 janvier :

 

 

Dans l’après-midi du 15 Janvier, une conférence de presse s’est tenue à l’Hôtel Grand Hyatt à Hong Kong.

Après quelques discours introductifs des membres du comité d’organisation, Sa Sainteté s’est adressé au grand rassemblement de journalistes, de personnalités et de fidèles en quelques mots. Il a commencé par exprimer son plaisir d’être à Hong Kong une fois de plus, à la suite d’invitations pressantes de ses nombreux étudiants là-bas. Il a ensuite continué à parler des grands avantages d’avoir des connaissances sur le Dharma du Bouddha: «le Dharma a de grands avantages, en nous faisant prendre conscience des grandes possibilités que nous avons dans nos vies … en nous faisant voir ce qui est le plus important, le plus essentiel dans nos vies. Cela peut se révéler être un phénomène très simple et ordinaire – mais ce phénomène ordinaire nous fait apprécier la vie que nous avons “.

Il a conclu son allocution en exprimant son espoir que «au cours de ces cinq jours de programme officiel, puissions-nous être en mesure de puiser dans cette riche connaissance, afin de bénéficier non seulement nous-mêmes mais la grande multitude des êtres vivants”.

Après la conférence de presse et séances photo, Sa Sainteté a rencontré des journalistes de la NHK (Nippon Hoso Kyokai, Japon public national broadcasting corporation) et East Week, du Sing Tao Magazine Group Limited, en tête-à-tête, répondant à des questions couvrant un large éventail de sujets, allant des immolations de Tibétains à l’état actuel et potentiel de la société de Hong Kong.

Une résolution pareille au diamant

 

Voici une interview très intéressante de Karmapa, réalisée par Pamela Gayle White durant l’été 2012, lors de la dernière tournée en Europe de Sa Sainteté.
L’article a été publié dans l’excellent magasine américain Tricycle, volume 22, numéro 2. www.tricycle.com/magazine

 

"The Light Within" Serie

 

Pamela Gayle White interviewe le 17e Karmapa, Trinley Thayé Dorjé

 

Lorsque je suis entrée en première retraite de trois ans, en France, en 1991, le 16e Gyalwa Karmapa, Rangjung Rigpé Dorjé, était déjà parti depuis dix ans ; les spéculations sur la manifestation du prochain karmapa et les raisons de la longueur du processus de reconnaissance étaient des sujets ordinaires au sein de notre lignée du bouddhisme tibétain. Les karmapas représentent l’autorité suprême de l’école karma kagyü du bouddhisme tibétain.

La tradition des lignées bouddhiques dirigées par des bodhisattvas réincarnés a formellement débuté au XIIIe siècle avec les karmapas. Finalement, la reconnaissance officielle de nouvelles émanations de maîtres défunts a été adoptée et codifiée par toutes les écoles du bouddhisme tibétain. Les incarnations reconnues sont appelées trülkus, du tibétain sprul pa’i sku, terme qui désigne en fait la manifestation matérielle d’un être éveillé. Sa Sainteté le 14e Dalaï-lama, de la lignée géluk, en est l’exemple vivant le plus célèbre aujourd’hui. Il y a eu de nombreux trülkus au fil des siècles, des trülkus prolifiques, peu orthodoxes, clairvoyants, exigeants, aventureux, artistes ou tout simplement insignifiants. Parmi eux, on rencontre des hommes – rarement des femmes – de grande sagesse, dotés d’une force considérable et d’une extraordinaire bienveillance.

La tradition veut que les trülkus héritent des qualités, des responsabilités, des disciples et des possessions de leurs prédécesseurs en fonction de leur pouvoir et de leur rang spirituel. Ils reçoivent une éducation spéciale, habituellement dans un cadre monastique. Les trülkus de haut rang ont souvent formé des alliances avec des chefs puissants, notamment en Mongolie et en Chine, et le système des trülkus a lui-aussi été sujet aux intrigues et manigances qui vont inévitablement de pair avec le pouvoir temporel.

Je ne connaissais pas grand chose sur ce sujet lorsque je suis entrée en retraite. Quelques mois plus tard, j’ai été ravie de recevoir une lettre accompagnée de la photo d’un beau garçon aux joues rouges, envoyée par des amis qui m’expliquaient que le karmapa avait fini par être identifié. C’était enfin le retour tant attendu du bodhisattva de la lignée que nous invoquions dans nos prières, lors de nos pratiques quotidiennes, l’homme dont les prédécesseurs ont composé Les Prières d’aspiration du Mahamudra, L’Océan du sens définitif et de nombreuses autres pépites spirituelles.

Mon enseignant de cœur et maître de retraite, Guendune Rinpoché était très proche du 16e Karmapa, qui lui avait confié la tâche d’établir la lignée de transmission en France. Dès qu’il est venu nous voir dans notre centre de retraite, je me suis approchée joyeusement de lui et lui ai montré la photo d’Orgyen Trinley. Sa réaction m’a prise au dépourvu : il l’a fixée et l’a regardée longuement avant de déclarer : « Ce n’est pas le karmapa. C’est sûrement un trülku de haut rang avec un grand potentiel spirituel, mais ce n’est pas le karmapa. » Il m’a ensuite rendu la photo et a poursuivi son chemin.

Au cours des semaines et des mois qui ont suivi, nous avons appris qu’il existait deux concurrents principaux au titre, au siège et aux responsabilités de karmapa et donc deux prétendants à sa coiffe noire qui symbolise son influence spirituelle sur tous les niveaux de l’existence. D’importants maîtres kagyüs étaient en désaccord quant à leur authenticité. J’avais reçu des transmissions de tous les régents du Dharma du 16e Karmapa ; mes parrains de retraite principaux, certains de mes enseignants préférés et de nombreux amis du Dharma étaient reliés à « l’autre » karmapa et nous ne savions toujours pas qui était supposé être « notre » karmapa. La situation était confuse et, franchement, irritante. Ces gars étaient censés être des bodhisattvas réalisés, après tout ! Comment pouvaient-ils se quereller de la sorte ?

Guendune Rinpoché nous a répété de nous concentrer sur notre pratique et nous a assuré que la transmission que nous recevions était intacte et authentique. Ce genre de situations arrive, nous a-t-il dit, lorsque les motivations et les actions sont polluées par les obscurcissements, l’avidité et la politique, mais nous n’avions pas à nous en soucier pour le moment. Il nous a également dit qu’une fois qu’il aurait lui-même quitté ce monde, nous devrions suivre la direction empruntée par Shamar Rinpoché, le détenteur de la lignée karma kagyü, et faire confiance à son jugement.

Nous avons bien sûr appris qui était « notre » karmapa : Trinley Thayé Dorjé, un garçon tibétain dont les parents étaient le 3e Mipham Rinpoché, un maître éminent de l’école nyingma, et Déchen Wangmo, dont on dit qu’elle descend du roi légendaire du Tibet, Gésar de Ling. Il avait officiellement été reconnu par Shamar Rinpoché. Sa fuite du Tibet vers l’Inde soigneusement organisée (et ultra-secrète) en 1994 n’a fait l’objet d’aucune couverture médiatique et sa discrétion lui a permis de continuer à recevoir l’éducation et les transmissions indispensables à sa fonction et de disposer du temps de pratique nécessaire pour développer les qualités spirituelles requises par sa tâche.

J’ai vu pour la première fois Sa Sainteté le 17e Karmapa Trinley Thayé Dorjé à la fin de l’année 2000, durant sa première visite en Europe qu’il a commencé par la France. La « situation » des karmapas battait alors son plein et les partisans de Thayé Dorjé ont dû composer avec de lourdes pressions politiques, des fonctionnaires corrompus, une grande désinformation et pire encore. Il est certain que ceux qui soutenaient Orgyen Trinley avaient aussi leur lot de griefs. J’avais quelque peu découvert la politique tibétaine depuis ma sortie de retraite en 1997 et j’en avais assez. Je me sentais bougonne et grincheuse tandis que notre mini-bus traversait le quartier chic parisien où se déroulait la cérémonie d’accueil. Les grandes pompes et le protocole n’étaient vraiment pas un aspect du Dharma qui m’inspirait. Et puis j’ai vu le karmapa, je me suis mise dans la file, j’ai senti son contact, reçu sa bénédiction et je me suis trouvée alors instantanément reliée à quelque chose de si vaste, de si ouvert, de si énergisant et si plein de potentiel que j’en ai été profondément et inopinément transportée.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, Thayé Dorjé vient tout juste de terminer une tournée à travers douze pays. Contrairement à Orgyen Trinley, il n’a pas encore enseigné aux États-Unis ni au Canada, où l’existence d’« une controverse des karmapas » n’est pas très connue. Il n’y a pas encore de résolution formelle à cette situation qui dure depuis le début des années 1990, mais la communication entre les deux parties semble aujourd’hui plus cordiale qu’elle ne l’a été dans le passé.

Je n’aime toujours pas la politique, ni le cérémonial ni le protocole, et je nourris des craintes quant au système des trülkus que j’ai personnellement vu d’assez près pour en être tour à tour admirative et consternée. Je ne peux pas déclarer avec une certitude objective que je sais qui est le karmapa ou que tout cela n’est qu’une plaisanterie. Je suis cependant profondément inspirée par le message universel de Karmapa Thayé Dorjé, un jeune homme à la voix posée, doté d’un sens de l’humour intelligent et d’une résolution pareille à un diamant. Au mois d’août, je me suis assise avec lui l’espace d’une conversation à Karma Migyur Ling, dans le Vercors en France.

Pamela Gayle White

 

Kundun

 

INTERVIEW

 

Votre Sainteté, qu’est-ce qu’un karmapa ?
« Karma » est un terme sanskrit qui signifie action ou activité. « Pa » est un mot tibétain ; il désigne la personne qui mène une action ou une activité. Dans ce cas, le sens caché est « bodhisattva », terme qui désigne une personne au cœur bienveillant et de grande sagesse qui embrasse et perpétue les activités des bouddhas.

Les karmapas exercent l’autorité suprême dans la lignée kagyü. Pouvez-vous me parler de votre lignée ?
Depuis le premier karmapa, Düsum Khyenpa, les karmapas ont toujours maintenu la lignée karma kagyü. Le plus souvent, les karmapas et les shamarpas se reconnaissent l’un l’autre et prennent soin de la lignée, tour à tour. Les différentes réincarnations des karmapas ont transmis la connaissance du Bouddha, le Dharma, à travers une méthode unique ; elle n’est pas unique parce qu’elle est différente de ce que le Bouddha a enseigné, mais parce qu’elle a été exprimée de façon unique. Les enseignements que nous détenons sont les Six yogas de Naropa et le Mahamudra avec le Lamrim des kadampas.

Quels sont les aspects principaux de ces enseignements ?
Le Lamrim est essentiellement un chemin, un processus graduel. Cette progression pas à pas est très importante pour toute personne qui souhaite atteindre une destination : afin de comprendre ou d’accomplir quelque chose, nous avons besoin d’aller de la première à la dernière étape. Il y a un chemin graduel pour atteindre l’état d’esprit éveillé où l’on est libre des deux moteurs du monde conditionné : les kleshas, les émotions perturbatrices – tout simplement la confusion – et la causalité, le karma ou les dettes karmiques. L’absence de confusion est la clarté, l’absence de dettes karmiques est le plein contrôle. Nous ne sommes plus poussés par le karma, nous pouvons même l’influencer au lieu d’être sous son influence.

Le monde conditionné également est devenu conditionné de façon graduelle – nous ne sommes pas tristes nous ne traversons de crises ou autres situations pénibles juste comme ça [il claque des doigts]. Tout arrive en suivant un processus : une mauvaise compréhension après l’autre et, là-dessus, une légère dose de confusion, puis du jugement et, quelque part, dans notre quête de l’élimination de la confusion ou des émotions perturbatrices, le développement d’idées fausses et l’ajout de couches de confusion. Tout cela devient une habitude, nous devient naturel, et nous pensons que c’est ce que nous sommes, que c’est la nature humaine. Finalement, nous aboutissons à une crise. Le chemin graduel est une façon de renverser cela.

Le Mahamudra est la vue absolue de ce qu’est l’éveil. En fait, le Mahamudra est le but, et le chemin graduel nous aide à l’atteindre de manière apaisée et non violente. Personne n’aspire à la confusion ; tout le monde souhaite la clarté, la transparence et la paix, mais la vérité absolue ne peut nous être montrée ou donnée comme ça [il fait un geste rapide]. Le Mahamudra est un moyen, un processus unique fait d’exemples et de métaphores, qui enseigne que l’on peut connaitre la clarté de l’esprit et le plein contrôle de sa vie.
De plus, voir que les autres, qui sont comme nous, avec des besoins et des souhaits similaires, n’ont pas cette clarté ni ces moyens nous conduit à faire l’expérience d’une compassion indicible et inconditionnée. Il ne s’agit pas de notre idée habituelle de la compassion ; elle est naturellement présente.

D’après les biographies et les textes classiques, il y a un côté magique, surhumain chez les grands bodhisattvas. De nombreux karmapas sont dits être dotés de grands pouvoirs comme le pouvoir de l’omniscience. Avez-vous des pouvoirs spéciaux ? Êtes-vous omniscient ?
Lorsqu’on s’entraîne à la nature illusoire des phénomènes, on obtient, à un moment donné, une certitude [à propos de cette nature] et il est alors possible de transformer tout type d’environnement en un milieu favorable. Mais c’est assez différent de la magie, je pense. Au niveau des bodhisattvas accomplis, ce qui semble être des pouvoirs surnaturels n’est pas exactement de la magie, c’est juste la réalisation du fonctionnement des choses. Par exemple, au départ, il est très difficile de comprendre que plusieurs centaines de personnes puissent voler dans l’espace, dans le ciel, à l’intérieur d’un tube doté d’ailes. Cependant, si vous réalisez que cela tient à une formule, une composition, au moteur, etc., cela devient assez normal.
Lorsque nous entendons le terme « omniscience », il nous semble magique ; c’est ainsi que nous nous y référons. Mais l’omniscience n’a rien à voir avec la magie, c’est quelque chose de très logique aussi, je pense. En fait, si vous savez comment élargir votre expérience, vous pouvez être omniscients.

Comment avez-vous été reconnu comme le 17e karmapa ?
J’ai été reconnu par mon enseignant, Sa Sainteté Shamar Rinpoché, vers l’âge de 11 ans.

Une controverse existe concernant votre reconnaissance par Shamar Rinpoché. Un bon nombre de maîtres kagyüs, le dalaï-lama et le gouvernement chinois ont reconnu Orgyen Trinley comme karmapa. Voudriez-vous aborder cela ?
Il y a toujours des controverses, elles font partie de la vie. Il n’existe pas de vie sans obstacles, pas de vie sans problèmes, pas de vie sans controverses. C’est inévitable. Il est impossible de dire : « J’ai une vie et je souhaite qu’elle soit complètement paisible. »
En tant que pratiquants, en tant que bouddhistes, nous essayons d’utiliser tous les obstacles qui se présentent et de les transformer en quelque chose qui a du sens. En agissant ainsi, nous en apprenons en fait beaucoup sur la façon de progresser et nous développons une perspective plus large de la vie.

Comment une lignée, votre lignée, peut-elle avoir une influence positive dans le monde actuel ?
Eh bien, nous essayons de nous adapter et de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Nous cherchons à développer des instituts et des universités plus ouverts, ainsi que des projets qui mettent l’accent sur l’environnement, la médecine, etc. Par exemple, nous sommes en train de construire un institut [en Dordogne] afin que les gens, plus particulièrement les Européens et les jeunes, puissent avoir accès au Dharma – non pour promouvoir le bouddhisme, mais pour donner accès à la connaissance : les sciences de l’esprit, du corps et du monde. En effet, avant de pratiquer, nous avons besoin d’acquérir des connaissances.

Notre école est traditionnellement caractérisée par la pratique : les kagyüpas sont connus pour leur méditation. Les bienfaits de la lignée, le cœur de la pratique, ne peuvent se manifester que si nous nous efforçons de les protéger, de les garder aussi authentiques que possible et de les mettre en œuvre dans notre vie. En agissant ainsi, nous sommes à même de dépasser les obstacles lorsqu’une crise se présente à nous, et nous devenons des exemples pour les autres. C’est alors que, naturellement, les autres sont intéressés.
Le but principal est donc d’avoir une grande lignée de pratiquants et de montrer que les enseignements du Bouddha fonctionnent. Le simple fait de voir cela, je pense, peut être une source d’inspiration, davantage que des injonctions telles que : « Vous devez pratiquer ceci, sinon ce sera la fin du monde ! »

Sur le blog britannique du Huffington Post, vous avez, l’été dernier, abordé le thème de la richesse. La lecture de ce blog a mis en évidence la différence radicale entre votre monde et celui de vos seize prédécesseurs. Pouvez-vous dire quelques mots sur ce qui a changé, ce qui est resté identique et sur la façon dont le temps a eu un impact sur votre activité ?
Je suis sûr que, du premier karmapa jusqu’à mon prédécesseur, le 16e, chaque réincarnation a connu ses propres changements et a dû s’adapter, cela ne fait aucun doute. Le XXIe siècle, cependant, est une période qui a connu les changements les plus drastiques – ne serait-ce que sur les dix dernières années, où tant de choses ont changé ! Nous devons aussi nous adapter au changement. En revanche, la méthode elle-même est atemporelle et nous n’avons pas vraiment à la modifer. Sans cesse les gens essaient de trouver de nouvelles tendances en vogue, au niveau des voitures, des vêtements, de la nourriture, des boissons, etc., n’est-ce pas ? Mais les classiques restent des classiques : ils sont intemporels. De la même façon, je pense que ces méthodes sont intemporelles, ce sont des classiques qui ne changeront jamais.

Les méthodes ne changent peut-être pas, mais la façon dont se déploie votre activité a dû changer, n’est-ce pas ?
Bien sûr. Dans le monde moderne, les médias sont quelque chose que nous ne pouvons pas éviter et nous devons nous y adapter. Nous vivons dans une période où nous devons nous relier à tout le monde et faire connaître ce que nous faisons et ce que d’autres font.
J’essaie de faire de mon mieux pour adapter les pratiques et les enseignements au monde contemporain de façon à ce que le Dharma du Bouddha et les méthodes karma kagyü puissent être accessibles à qui les demande.

Comment voyez-vous le monde ? Êtes-vous optimiste ? Confiant ? Pessimiste ?
Tout cela à la fois, j’ai l’impression, dans le même instant de l’esprit. Je pense que c’est probablement la meilleure façon de le décrire. Il y a de la panique, parce que même dans le plus grand luxe, les gens ne sont toujours pas heureux. Si ma grand-mère était là, elle dirait – et je serais d’accord avec elle – que la société moderne offre tout ce dont un être humain peut avoir besoin. Tout. Il est donc assez choquant de constater qu’il y a encore des problèmes, vous voyez ?
Je ne peux pas comprendre qu’il y ait de la violence lorsqu’on a tout. On peut le comprendre dans les pays sous-développés, parce qu’ils essaient de se développer, quelque part de faire de la concurrence aux pays développés, et il en résulte beaucoup d’angoisse et de violence. Mais il y a encore de la violence dans les nations et les villes civilisées. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Oui, qu’est-ce qui ne va pas ?
En fait, tout vient de la richesse extérieure et, en termes d’avidité, c’est sans fin, n’est-ce pas ?  D’abord vient le désir et ensuite se développe l’avidité : vous voulez simplement davantage, plus, plus… Lorsque vous avez quelque chose, vous n’êtes pas satisfaits, vous voulez totalement autre chose. Bien sûr, un soutien financier est nécessaire pour vivre, mais l’argent ne peut pas tout apporter. La richesse matérielle a une fin et, quand vient la fin, l’esprit est vraiment perturbé.
Il semble qu’une chose puisse nous sauver : le développement de la richesse intérieure. Se met alors en place un cercle parfait où tout est bon. Si nous sommes en accord avec notre richesse intérieure  –  les qualités de compassion, de contentement, de patience, etc. – c’est infini et intemporel. Il s’agit des qualités avec lesquelles nous sommes tous nés. Le processus entier de la méditation consiste à essayer de creuser vers cette richesse intérieure, de l’atteindre.

Comment avons-nous accès à notre richesse intérieure ?
Il faut commencer par regarder ici [il touche son cœur].

Comment ?
Essayez tout d’abord de voir qui a trouvé la paix intérieure. Je vais vous aider : vous pouvez rencontrer cette personne dans le bouddhisme. Il me semble que c’est pour cette raison que le Bouddha a enseigné le Dharma et que nous essayons d’expliquer le sens du Dharma dans le monde. Je pense que cet enseignement est particulièrement pertinent aujourd’hui, dans le monde contemporain, où il y a tant de formes de crises. Nous parlons principalement de la crise économique qui doit beaucoup à un manque de connaissance intérieure, de paix et de richesse intérieures. Toutes les formes de richesses, intérieures et extérieures, proviennent de l’esprit lui-même. Sans l’esprit, il n’y aurait presque rien. C’est pourquoi nous visons l’essence, l’état intérieur.
Si vous regardez, vous verrez que le chemin pour acquérir la richesse intérieure commence par un esprit calme. Si vous calmez l’esprit, tout s’apaise autour de vous. Consacrez un peu de temps à cultiver un esprit calme, vous en avez déjà assez sacrifié à des tas de choses inutiles. Le temps et l’énergie sont sans prix, mais des milliards de personnes les sacrifient pour des futilités. Au lieu de cela, si chaque jour vous passez cinq ou dix minutes à calmer l’esprit grâce à la méditation, je peux vous garantir que quelque chose de bien en sortira.

Vous avez voyagé dans le monde entier et rencontré des gens de tous horizons. Avez-vous des conseils ?
Oui, après plus de dix années de voyage, j’ai beaucoup appris des nombreuses personnes que j’ai rencontrées. Comprendre les différences de mentalités et de cultures, voir qu’il y a tant de diversité et qu’en même temps nous sommes tous identiques, tout cela m’a beaucoup aidé. Lorsqu’il y a un problème, c’est un problème. Lorsqu’il y a du bonheur, c’est du bonheur. C’est tout. En fait, il n’existe aucune barrière.
Tout le monde possède le potentiel d’être heureux ; nous sommes nés avec. La façon d’accéder au bonheur consiste simplement à mener une vie décente, à avoir la patience de transformer nos obstacles, à être bons et à avoir très peu de désirs. En tibétain, il s’agit de l’expression « dö chung chok shé » : avoir peu de désir et être heureux de ce que l’on a.

Avez-vous un héros ?
Bien sûr. Nous avons tous des héros.

Voudriez-vous nous dire qui est votre héros ?
[Une pause] Mon héros a toujours été le yogi Milarépa. Le poète nu ou vêtu d’une robe blanche. De couleur verte. Et qui possède tout.

Pamela Gayle White a passé six ans en retraite en France, sous la direction du maître tibétain Guendune Rinpoché. Elle traduit le tibétain et enseigne la méditation ainsi que la philosophie bouddhique dans les centres Bodhi Path, en Amérique et en Europe.

 

Apramāna ~ ཚད་མེད་བཞི།

 

ENSEIGNEMENT

Par le 17e Karmapa Trinley Thayé Dorjé

L’enseignement qui suit est issu de l’introduction à l’initiation de Vajrapani-Hayagriva-Garuda transmise à Karma Migyur Ling, dans le Vercors, le 4 août 2012.

Dans le bouddhisme vajrayana, le rituel de l’initiation est un prérequis à la plupart des pratiques de visualisation de yidams. Les initiations transmises par des maîtres spirituels ont pour but de relier les pratiquants à l’énergie de sagesse du maître et des yidams sur plusieurs niveaux.

Le but d’une initiation est simplement de parvenir à une meilleure compréhension et à la paix de l’esprit. Une initiation implique de prendre refuge, de générer l’esprit d’éveil et de développer une vision pure. Nous pouvons trouver refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha. Nous pouvons générer l’esprit d’éveil et développer une vision pure, parce que c’est possible ! La purification est possible.

Cependant, nous devons tout d’abord travailler avec ce que nous avons. Nous avons maintenant une identité, il y a « vous », « je » et « nous ». Ce n’est ni bon ni mauvais et cela n’a rien de solide. C’est là et perceptible parce que tout est interdépendant ; rien de plus. C’est simplement ça.
Inutile de dire : « Il n’y a pas de “je” ! » parce qu’il y a, d’une certaine façon, un « je ». Si je vous pince, vous ressentirez quelque chose, nous ne pouvons donc pas nier cette identification. Il n’est pas possible non plus de dire : « Ah, je ressens une douleur, alors je vais abandonner. » Nous pouvons travailler avec notre identité et l’utiliser à notre avantage. Prendre refuge et générer l’esprit d’éveil revient à savoir comment l’utiliser à notre avantage.
Afin d’accumuler des mérites et de la sagesse, nous cherchons refuge dans l’état d’esprit éveillé (le Bouddha), dans le chemin (le Dharma) et dans les guides (les bodhisattvas). Sur cette base, nous pouvons construire ou développer quelque chose : nous pouvons développer des mérites et de la sagesse, et ainsi nous améliorons notre compréhension.

Notre intention également est très importante : l’intention de vraiment accomplir le bien des autres. La question n’est pas le nombre d’êtres que vous pouvez aider, mais simplement l’idée que vous voulez vraiment accomplir le bien des autres. Il ne s’agit pas exactement du fait de pouvoir vraiment aider ou non – il ne faut pas se charger d’un fardeau. Aussi longtemps que nous avons la motivation, tout est là.
Si nous nous figeons sur : « Je veux aider, j’ai besoin d’aider ! » et si nous ne sommes pas à même d’apporter notre aide, nous nous sentons agités et frustrés. C’est la raison pour laquelle nous générons simplement ce précieux état d’esprit, cette attitude qui nous rend prêts à aider à tout moment. Forts de cette disposition, nous sommes en paix.

Nous éprouvons à présent l’expérience de notre identité, d’un « je » ou d’un « moi », mais nous ne nous contentons pas de cet état ordinaire. En fait, avec la vision pure [à laquelle nous accédons par l’initiation et la pratique], notre état d’esprit est celui de la véritable compassion et nous incarnons compassion et sagesse. Cette aspiration à être bénéfique, associée aux moyens –  la sagesse pour rendre toute situation bénéfique –  ne nous quitte pas. Ainsi, s’il est bénéfique aux autres que je sois un docteur, un cuisinier ou un peintre, alors je serai un docteur, un cuisinier ou un peintre. Cet état d’esprit ne nous rend pas supérieurs ou inférieurs, ce n’est pas parce que nous nous voyons sous notre aspect de sagesse que nous nous sentons supérieurs ou parce que nous nous percevons comme des êtres humains que nous nous sentons inférieurs. La seule chose qui compte vraiment et nous apporte la paix est d’être à l’aise avec cette attitude altruiste. Nous n’avons pas besoin de changer tant que ça.

Le plus important est que toutes ces qualités nous sont naturelles, nous ne sommes pas obligés de les acheter ni de les acquérir ailleurs. Elles sont là depuis le moment où nous sommes nés. Réaliser que nous les possédons toutes est alors source d’une grande joie. C’est donc ce que nous faisons.
Bien que nous sachions tout cela, l’intitulé de l’initiation – Vajrapani, Hayagriva, le phénix Garuda  –  nous semble inhabituel, fantastique et exotique et résonne comme quelque chose de lointain. Afin que l’initiation soit davantage porteuse de sens, pensons qu’il s’agit essentiellement de dissiper les obstacles. Si nous cherchons sur Google ou Wikipedia, nous trouverons probablement des indications allant dans ce sens.

Quels sont ces obstacles ? Existent-ils comme des esprits ou des forces ou – comme cela est mentionné dans la recherche sur Google – sous la forme de nagas, de démons ou de maras ? Si nous en restons à un niveau simple, nous verrons que ce n’est pas le cas, que toutes ces projections extérieures proviennent vraiment de notre esprit. Ces forces ou ces esprits commencent à apparaître si l’esprit est conditionné. Vous pouvez en arriver à vous battre contre votre reflet ou votre écho, car vous avez conditionné votre esprit à tel point que votre reflet vous répond et semble plus qu’un reflet. Vous commencez alors à oublier ce fait très simple : il s’agit juste d’un reflet, d’un écho. C’est pourquoi, le vrai mara ou le véritable obstacle est en fait votre propre esprit, vos propres habitudes.

Il n’y a pas de mara véritablement existant. Cependant, si vous vivez en développant cette habitude, il y en a un qui viendra. Et il vous ennuiera. Par conséquent, essayons d’entraîner l’esprit à réaliser que tous ces obstacles sont dus à trop de conceptualisation.
Même après tout cela, nous ressentons toujours la douleur du pincement. Nous essayons alors d’éprouver de la compassion pour notre habitude. Dans un certain sens, nous pouvons satisfaire cette habitude. L’habitude dit qu’il y a des apparences extérieures, des obstacles extérieurs et nous répondons simplement : « D’accord ! », nous les prenons en compte et nous trouvons un remède. Nous manifestons Vajrapani, Hayagriva ou Garuda et développons l’habitude que les obstacles se dissipent grâce à cette manifestation. L’habitude est alors satisfaite et ne nous tourmente plus. Et nous sommes heureux et en paix.

Tout doit être plus clair maintenant, mais si c’est trop compliqué et vous donne finalement encore plus mal à la tête, concentrez-vous simplement sur le fait de prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha et de générer l’esprit d’éveil. Pendant l’initiation, je vous demanderais de contempler ce que je viens de dire ou de poser simplement votre esprit dans un état calme et paisible. Développez simplement la motivation d’accomplir le bien des autres.

Article paru dans le magasine américain Tricycle, volume 22, numéro 2
www.tricycle.com/magazine

En mars, Sa Sainteté le 17ème Gyalwa Karmapa transmet initiations et enseignements au KIBI

 

Du 10 au 15 mars 2013, au KIBI, Sa Sainteté le 17ème Gyalwa Karmapa, Trinley Thayé Dordjé transmettra deux initiations, donnera des enseignements et participera à des sessions de questions-réponses sessions.

Gyalwa Karmapa transmettra les initiations de Manjushri (l’aspect éclairé incarnant la sagesse de tous les bouddhas) et Gampopa, le maître principal du premier Karmapa, Tusum Kyenpa.

Il donnera aussi des enseignements et répondra aux questions que les uns et les autres peuvent avoir.

 

KIBI 2012

Le typhon Bopha frappe les Philippines. Communiqué de Sa Sainteté Karmapa

 

Communiqué de Sa Sainteté Karmapa à l’occasion du typhon Bopho qui a frappé les Philippines

New Delhi, 11 décembre 2011

 

Chers amis dans le dharma,

Lorsque je me suis rendu pour la deuxième fois aux Philippines cette année j’ai été profondément touché par l’accueil amical et chaleureux des gens, et c’est avec une tristesse sincère que j’ai suivi les suites dramatiques de la catastrophe qui a frappé le pays en début de semaine dernière avec le typhon Bopha.

Au moment où j’écris, plus de six cents personnes sont mortes, huit cents autres sont portées disparues, des centaines de milliers ont perdu leurs maisons et leurs biens et sont laissées sans moyens de subsistance.

Je ne prétends pas connaître dans sa réalité ce que les familles innombrables qui ont été frappées par cette catastrophe naturelle sont en train d’endurer, mais je peux essayer de l’imaginer, et je voudrais à toutes leur exprimer mes sincères condoléances. À côté de mes souhaits et de mes prières, je voudrais leur offrir ce modeste message d’encouragement.

“Essayez d’avoir du courage. Vos bien-aimés qui ont péri dans cette catastrophe auraient voulu que vous essayiez d’aller de l’avant, plutôt que de rester paralysés sous le choc et par le chagrin. En faisant ainsi vous honorerez leur mémoire et leurs souhaits. Ceci n’implique pas un grand voyage avec de grandes idées: essayez- même si cela semble difficile – de ne pas vous perdre dans la tragédie, et de vivre une vie bonne, en mémoire de ceux qui sont partis, pour vous-mêmes, pour la génération qui vient.

En cette seule année, nous avons été les témoins de tant de catastrophes naturelles, mais si nous essayons de trouver qui ou quoi en est responsable, c’est une quête sans fin. Je crois que la réponse se trouve dans le fait de vivre une vie bonne et d’aller de l’avant.”

Dans quelques jours, les Kagyu Monlam commenceront à Bodhgaya, l’endroit même où Bouddha a atteint l’éveil. Des milliers de pratiquants se réuniront pour cette rencontre de prière et passeront une semaine à faire des souhaits positifs pour le bien de tous les êtres. Puisse cette rencontre vertueuse alléger la souffrance des personnes frappées par le chagrin aux Philippines et leur apporter la paix de l’esprit.

Avec mes prières.

Karmapa Trinley Thaye Dorje

 

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