On attendait beaucoup de monde le 22 mai à Takdah pour l’initiation de Tchenrézi par Sa Sainteté le 17ème Gyalwa Karmapa, mais le nombre de fidèles présents dépassa toute attente.
La cérémonie ne devait débuter qu’à midi mais dès le petit matin, des gens commencèrent à affluer et la foule s’agrandissait à mesure que des fidèles arrivaient de Darjeeling, du Sikkim et d’autres contrées himalayennes.
Les premiers venus en ont profité pour discuter avec des amis autour d’une tasse de thé servie dans la tente réfectoire, avant de se diriger vers une plus grande tente où l’initiation devait avoir lieu.
Malgré ses dimensions, la tente était pleine dès dix heures du matin, et les retardataires essayèrent de se serrer pour trouver une place – ils firent leur maximum bien que la tente ait déjà dépassé ses capacités, ou durent se contenter d’une place dehors. Mais ni l’averse occasionnelle ni les bousculades ne pouvaient porter atteinte à la bonne humeur de la foule.
Le remue-ménage se fit encore plus vif avec l’entrée de Sa Sainteté dans la tente pour commencer l’initiation.
Le Gyalwa Karmapa accueillit l’assemblée, exprimant sa joie de voir tant de fidèles réunis, tous motivés par l’aspiration à recevoir la bénédiction du précieux dharma.
Il continua ensuite avec un enseignement sur le sens de la prise de refuge dans les trois joyaux (Bouddha, Dharma et sangha), et l’importance de développer la bodhicitta (l’attitude éveillée, qui aspire à amener tous les êtres vers l’état de bonheur parfait de la bouddhéité). En expliquant le refuge, il insista sur la signification de la bouddhéité, ou état d’éveil parfait, que chacun de nous est en mesure d’atteindre :
« En premier lieu, nous devons comprendre que le Bouddha a commencé comme un être ordinaire, comme nous… Quel que soit le nombre de Bouddhas, aucun n’est né en tant que Bouddha. Ces innombrables Bouddhas étaient à un moment donné des êtres sensibles ordinaires, exactement comme nous. Ayant dépassé tous les obstacles, ou mara, ils ont atteint l’éveil parfait. Ceci est un fait, et il est important pour nous de le comprendre.
Tout dans ce monde est interdépendant. Même les éléments – le feu, l’eau, la terre et l’air – sont dépendants l’un de l’autre et ne pourraient pas fonctionner indépendamment.
De la même façon, l’éveil lui-même est aussi dépendant – dépendant de la compréhension de karuna (compassion) et de maitri (l’amour bienveillant), et dépendant également de la compréhension que ceux-ci sont illimités, sans début et fin dans le temps, ils sont nés de nulle part, ils sont nés de la vacuité – la compassion et l’amour bienveillant non-nés on pourrait dire. »
Le Gyalwa Karmapa poursuiva avec l’initiation elle-même, et tout au cours de la cérémonie, un nombre croissant de personnes tenta de se serrer dans la tente déjà pleine à craquer.
A la fin, lorsque arriva le moment de passer devant le Gyalwa Karmapa pour la bénédiction avec les objets rituels d’usage, la ferveur grimpa d’un nouveau cran, tout le monde se pressant d’y arriver en premier, bien que les moines et les bénévoles firent de leur mieux pour contrôler les bousculades, avec un succès limité.
Finalement, le Gyalwa Karmapa se déplaça de son trône à l’intérieur de la tente à une chaise placée à l’entrée de l’institut Shri Diwakar,
ce qui fut une excellente idée car l’espace ouvert apaisa immédiatement la situation. Une queue se forma doucement et pendant de longues heures, les fidèles continuèrent à passer devant le Karmapa et ses lamas alignés, recevant la bénédiction avec le vase et les autres objets rituels.
Beaucoup de fidèles durent partir tout de suite après, puisqu’ils étaient venus de loin et avaient un long chemin devant eux, tandis que ceux qui avaient du temps furent invités pour un délicieux buffet servi dans la tente réfectoire.
Lorsque le dernier des quelques dix milles fidèles passa devant le Karmapa, la nuit était tombée.
Ce fut une journée vraiment mémorable, et pas en moindre partie grâce aux organisateurs et aux centaines de bénévoles qui avaient donné de leur temps et de leur énergie pour que cet événement puisse avoir lieu.



